
Mardi soir, 21h20, un doute m’étreint. Je ne sais si je dois me réjouir ou au contraire tenter de calmer ce sentiment pénible et insidieux qui nait en moi. Je viens de terminer de lire le test de
Bioshock 2. Le verdict de Ridik est tombé : 9/10. Encore, pensé-je ! Décidément, si je ne connaissais pas l’impartialité de notre webmaster préféré habituellement peu enclin aux flagorneries, je me poserais des questions. Car depuis quelques semaines, c’est un véritable concert de louanges qui accompagne les sorties de softs. Et le pire c’est que c’est mérité ! Pour tous fans de jeu vidéo, cela constitue une excellente nouvelle. Certes j’apprécie énormément que les éditeurs nous gratifient de jeux de qualité, mais dans le même temps, je perçois une petite pointe de malaise. Ma petite voix intérieure répondant au doux nom de paranoïa me souffle une interrogation : est-ce bien normal d’enchainer les softs à une telle vitesse ? Que cache cette soudaine accélération, que dis-je cette pluie de hits incontournables qui s’abat sur nous joueurs ?
Vous aurez remarqué qu’au niveau sorties, le Noël 2009 a été plus light que les précédents. Ce n’est pas entièrement dû à la crise économique (explication plausible pour les adultes) ou au fait que le Père Noël ait chopé lui aussi la grippe A (explication éventuelle pour les marmots). Les éditeurs ont avoué avoir reculé la sortie de certains softs afin d’éviter les chocs de titans, commercialement parlant. Ca se tient vue les mastodontes en présence. Mais pas seulement, car nos « chers » éditeurs ont dans la tête de mettre fin à l’hégémonie du sacrosaint mois de décembre qui comptabilise 70% de leur chiffre d’affaire annuel. Cela fait quelques années déjà qu’ils aimeraient en finir avec l’aspect saisonnier de leur fond de commerce et ainsi profiter de rentrées de pépettes toute l’année. Bref, ils s’imaginent bien en train de fêter Noël tous les mois ou presque… Et 2010 marque un tournant car jamais autant de sorties de softs très attendus par les fans n’ont été prévus tout au long de cette année.
Tiens, j’entends à nouveau ma petite voix qui me fout le doute : est-ce vraiment un bon point pour les gamers ? Cette débauche de choix vidéoludique est elle salutaire ?
Premier frisson provenant de mon porte monnaie : je n’ose faire le calcul du coût si l’on veut suivre le rythme imposé par les éditeurs. Les années précédentes, on pouvait évoquer Noël comme excuse pour se lâcher, faire porter le fardeau de la dépense à des grand mères à cours d’inspiration en matière de cadeau... Mais là, cela fait presque deux mois que Noël est passé et cela ne s’arrête pas!! Bon , je suis adulte à peu près responsable et suis à même de contrôler mes pulsions d’achat. Enfin c’est surtout mon banquier qui a tendance à m’aider sur ce point. Ayant passé l’âge de piquer une crise lorsque je n’obtiens pas ce que je veux, je gère confortablement mon sentiment de frustration lié à la non obtention de l’objet désiré. Ce n’est pas forcément le cas de personnes plus jeunes éduqués depuis le berceau à batifoler dans notre société de consommation. Et c’est par ce levier, celui de la frustration, que les industriels vont tout faire pour augmenter la part du budget jeu vidéo dans le porte monnaie des joueurs (ou de leurs parents). On peut déplorer le fait que cela s’effectuera peut être au détriment d’autres activités. Encore ma petite voix Paranoïa ! Ben oui, à ce rythme, si on achète les jeux dans le mois qui suit leur sorties, et c’est bien le cas rien que pour profiter de l’effervescence du live, il faudrait peut être également penser à rallonger les journées de quelques heures afin de ne pas abandonner toute forme de vie sociale.
Enfin, dernière interrogation de ma petite voix : les gamers sont ils atteints de boulimie vidéoludique ? Pour suivre ce rythme effréné, pad en main une grande partie de la journée (et de la nuit) on se dépêche de finir le soft récemment acquis pour entamer le suivant. Jusqu’à présent cette conduite était l’apanage des pirates , vous savez, cette espèce de gamers qui se retrouvent du jour au lendemain à la tête d’une ludothèque tellement imposante (normal, c’est gratuit) qu’ils passent d’un soft à l’autre sans jamais en terminer un seul. Ironie du sort car c’est en contradiction avec les qualités de fond que développent les jeux actuels. Les softs nous offrant des scénarii comme
Mass Effect2 ou
Dragon Age Origins par exemple, ou encore des références historiques comme
Assassin Creed2, pour ne citer que ceux là parmi d’autres, méritent que l’on s’y attarde, que l’on s’y plonge et que l’on arrive au terme de l’aventure tout empreint des réflexions et des émotions colportées par l’univers du jeu.
Cela peut également être la source d’une motivation pour voir plus loin.
Dante’s Inferno peut par exemple nous donner envie de nous ruer à la bibliothèque la plus proche pour se procurer l’œuvre originale qui a inspiré le jeu, tout comme
Assassin Creed nous donne envie d’en savoir plus sur l’histoire des templiers. Ce genre de démarche est tout à l’honneur des éditeurs. A condition qu’ils nous en laissent le temps !…
Ces jeux de qualité, encensés autant par la critique que par les joueurs laisseront ils une trace dans la mémoire des gamers ? Entreront ils pour certains au panthéon des jeux cultes ? Est-ce que l’on jouera encore à
Bioshock dans 10 ou 20 ans ? Il me semble que les jeux qui ont marqué l’histoire vidéoludique et qui ont toujours leur place sur nos étagères, juste à portée de main, ont laissé leur empreinte notamment grâce à leur exclusivité et leur rareté. Si aujourd’hui le plaisir est toujours au rendez vous, la jouissance engendrée par cette rareté, sentiment que l’on a mis la main sur une œuvre unique et d’exception, est noyée sous le flot ininterrompue des campagnes marketing accompagnant les sorties. Entre la satisfaction de trouver un large choix de jeux de qualité et la frustration de ne pouvoir tous les posséder (faute d’argent ou de temps) mon cœur de gamer est un peu perdu. Après tout, le marché du jeu vidéo n’échappe pas au dictat de notre société de consommation à savoir le « toujours plus » et l’immédiateté du plaisir n’en cache pas moins son instantanéité.
Mais il est temps de faire taire cette petite voix qui me fait douter car mine de rien, j’ai du boulot aujourd’hui : entre un complot de templier à déjouer, une galaxie à sauver, une petite fille à protéger, une carrière de pilote à ne pas laisser tomber, etc, etc, etc…..